• Je n’ai pas écrit ici depuis très longtemps. J’ai continué à écrire ailleurs, mais plus sur ce blog. La raison principale, c’est probablement que je me suis éloigné du milieu (comme on dit).
    Ce processus a été pr […]

  • Penser les tirs de roquettes de Gaza comme un contre-discours. Ce qui compte avec cette forme de résistance, ce sont moins les dégâts causés que l’affaiblissement des systèmes de privilèges dans un contexte anti-colonial.
    Je me demande si, lorsque l’armée coloniale d’Israël bombarde Gaza, les palestinien-ne-s ne devraient pas attraper leurs guitares, leurs pianos et leurs flonflons, se tourner vers les oppresseurs qui les survolent avec leurs hélicoptères et leurs F16 et commencer à chanter une ballade pacifique. Peut-être qu’à ce moment-là, nous réussirons enfin à impressionner les « expert-e-s » et les papillons de la « résistance non-violente ». Je me demande aussi au nom de quoi, au nom de quel vécu, ces expert-e-s et ces papillons se sentent autorisé-e-s à nous demander de déposer nos armes. Ça n’a aucun sens.
    La question présente est une question de privilège, de privilège qui doit être combattu et démantelé jusqu’à ses fondations les plus profondes. Dans leurs revendications « radicales », les Jacobin-e-s de la Révolution Française n’allaient pas jusqu’à réclamer la liberté pour les esclaves noir-e-s d’Haïti et des autres colonies françaises. Les Jacobin-e-s d’aujourd’hui défendent une conception de la liberté qui attend, qui exige, des palestinien-ne-s, non seulement qu’ils et elles chantent patiemment pour la paix, mais qu’illes dénoncent au passage la lutte armée. Je me dois d’être juste avec les Jacobin-e-s, illes ont bel et bien revendiqué l’égalité, mais uniquement pour les mulâtres propriétaires d’esclaves noir-e-s. Ironiquement, cette revendication ressemble furieusement aux appels des éléments « progressistes » de la communauté juive, en Israël et ailleurs. Ces « progressistes » demandent à Israël « d’accorder » aux citoyen-ne-s de seconde zone d’Israël, c’est à dire à la minorité palestinienne, les privilèges dont bénéficient leurs compatriotes juif-e-s. Cette idée d’intégration, qui tient plutôt pour moi de l’assimilation, suppose que l’État est le protecteur absolu de ses citoyen-ne-s et la source de toute justice, plutôt que l’origine de pratiques et d’idéologies coloniales, ce qu’est clairement l’État colonial d’Israël. En d’autres termes, cette proposition part du principe que les palestinien-ne-s ont un problème avec les lois de l’État plutôt qu’avec l’État lui-même. Même cette séparation libérale entre « l’État » et « ses lois » est problématique.
    Les roquettes de la résistance tirées depuis la bande de Gaza sont un antidote indispensable à ce discours. Les habitant-e-s juif-e-s d’Israël doivent comprendre qu’ils et elles ne seront pas en sécurité tant qu’illes ne retourneront pas leur colère et leur frustration contre leur propre système de privilèges et leur propre idéologie raciste ; tout gouvernement israélien, qu’il soit de gauche ou de droite, incarne ce système et cette idéologie. Personne ne leur demande de partir, mais illes doivent accepter la résistance palestinienne tant qu’illes acceptent l’arrogance caractérisée de l’idéologie sioniste. Le potentiel radical des roquettes palestiniennes et des sirènes d’alarmes qui les accompagnent, tient dans leur capacité à déstabiliser un système privilégiant les israélien-ne-s juif-e-s au détriment des palestinien-ne-s, colonisé-e-s et déplacé-e-s. Les roquettes sont tout simplement une affirmation radicale d’existence et une expression directe d’auto-détermination. Les Jacobin-e-s doivent, illes aussi, comprendre cette réalité.
    Aujourd’hui, les Jacobin-e-s, dont certain-e-s membres de la classe dirigeante palestinienne souffrant probablement du Syndrome de Stockholm, utilisent, consciemment ou non, une rhétorique proche de la position israélienne officielle et cherchent à monter la population contre la résistance. Illes disent que le Hamas est responsable des victimes civiles à Gaza. Ils s’accordent à dire que les roquettes du Hamas sont inutiles et ne font que provoquer des représailles israéliennes, que le Hamas exploite la population civile en la laissant sous les bombes pendant que les dirigeants du mouvement se terrent. Cet argument n’est en pas un, il ne fait que montrer une complète incompréhension de la situation. Israël ne peut pas, logiquement parlant, riposter. Israël est né en mai 1948 après un nettoyage ethnique massif qui a entraîné l’expulsion de la majorité de la population palestinienne indigène. Chaque roquette, manifestation ou pneu brûlé par un-e palestinien-ne est une réponse. La résistance palestinienne continuera jusqu’à ce que la Palestine soit libérée, et je parle bien de la Palestine historique. Pour dire les choses clairement: les palestinien-ne-s tirent des roquettes sur un territoire qui leur appartient.
    D’une manière différente mais proche, les remarques à propos de « l’inutilité » des tirs de roquettes indiquent un manque sévère de perspicacité. La résistance palestinienne ne date pas d’hier et ne disparaîtra pas demain. Le chemin vers la libération, est bien un chemin, c’est-à-dire un processus plutôt qu’un point isolé. Les tirs de roquettes, tout comme la désobéissance civile, font partie de ce processus qui a commencé bien avant la naissance d’Israël. Les émeutes de Yafa (Jaffa) en 1921, la Grande Révolte de 1936-1939 et les deux premières intifadas sont des exemples d’un processus plus large où Israël tente, avec le soutien des États-Unis et de l’Union Européenne, d’éradiquer la conscience politique palestinienne.
    Ces discours défaitistes qui cherchent des justifications à Israël ressortent chaque fois qu’Israël bombarde la bande de Gaza ou mène une opération militaire en Cisjordanie, utilisant régulièrement la mort de civils pour condamner moralement la résistance. Ces arguments sont flous, voire même hypocrites. En tant que pouvoir colonial, Israël n’a pas besoin de justification pour s’en prendre à des civils. Roquettes palestiniennes ou pas, l’État colonial d’Israël discrimine, tabasse, emprisonne et assassine les palestinien-ne-s tous les jours. Par exemple, Tariq Abou Khdair, un palestinien de 15 ans a été battu par les soldats coloniaux d’Israël, arrêté après son tabassage, confiné dans sa maison et a dû payer plus de 650 euros d’amende sans procès, sans avoir été inculpé, sans avoir rien fait. Mohammed al-Dourra, assassiné dans les bras de son père le 30 septembre 2000 à Gaza est un autre exemple des agressions commises par un pouvoir colonial déchaîné qui prive systématiquement ses sujets de leur humanité.
    Les combattant-e-s armé-e-s palestinien-ne-s ne peuvent être compris que dans ce contexte plus global : ce sont des sujets coloniaux d’Israël qui, comme Sans Souci à Haïti, comme le FLN en Algérie, comme l’IRA en Irlande, refusent la soumission de leur peuple à une domination coloniale. Reprocher aux opprimé-e-s, dont font partie les combattant-e-s palestinien-ne-s, de lutter contre leurs oppresseurs est une faute morale dont les pacifistes, défaitistes et défenseurs d’Israël ne parlent pas. Le meurtre de civils ne cessera pas quand la résistance arrêtera de combattre au côté de son peuple, mais quand Israël décolonisera la Palestine.
    Pour finir, les Brigades al-Qassam du Hamas n’ont jamais été le seul groupe armé de Palestine. Les Brigades des Martyrs d’al-Aqsa du Fatah, les Brigades Abu Ali Mustafa du mouvement marxiste-léniniste FPLP et les Brigades al-Qods du Jihad Islamique restent toutes, à des degrés divers, actives dans la lutte anti-coloniale en Palestine. Voir la résistance palestinienne comme uniquement « islamiste » est donc faux et ne fait que permettre à Israël de nourrir la haine islamophobe rampante chez ses citoyen-ne-s juif-e-s.
    Pour revenir à Haïti, un certain Jean-Baptiste Sans Souci, dont j’ai parlé plus haut, était un esclave noir sous la colonisation française. Pendant la Révolution Haïtienne de 1791, Sans Souci, abandonné par Toussaint Louverture, un leader révolutionnaire créole qui avait négocié avec le gouvernement français, a refusé la soumission de Louverture, a pris les armes et a combattu férocement l’armée française. Après avoir vu la force morale de Sans Souci et de ses troupes, Louverture, qui soutenait le gouvernement français après sa défaite, a rejoint à nouveau les forces révolutionnaires. Sans Souci a été assassiné en 1803, mais Haïti a obtenu l’indépendance l’année suivante, en 1804. Il y a plus à dire sur la révolution haïtienne que je peux le faire ici, mais ce résumé terriblement bref me permet de souligner deux points. Premièrement, Haïti n’a pas obtenu son indépendance en signant un traité avec la France comme l’avait fait Louverture, mais par la force morale de ses armes, force qui a obligé le gouvernement français à se soumettre à la volonté du peuple qu’il avait réduit en esclavage. Deuxièmement, les armes de Sans Souci n’ont pas fait qu’obtenir une victoire militaire contre une armée française bien plus puissante : la légitimité morale de la cause de Sans Souci a fait tomber les complexes d’infériorités incarnés par Louverture et a renversé les systèmes de privilèges.
    Le modèle révolutionnaire palestinien doit être la Révolution Haïtienne de 1791, pas la Révolution Française de 1789.
    [Texte original: Rejecting victimhood: the case for Palestinian resistance avec un grand merci à l’auteure @RanaGaza et à @OpenDemocracy pour l’autorisation de traduction et de publication ici]

  • « L’antisionisme est la réalité de l’antisémitisme qui tue aujourd’hui en Europe »

    Cette phrase a été prononcée il y a quelques jours par M. Mergui, président du Consistoire, plus haute institution juive de France. Il l’a prononcé à l’occasion d’une tuerie commise à Bruxelles, apparemment par un français, probablement pour des raisons antisémites. Difficile de savoir comment réagir à une déclaration pareille. Difficile parce que cette petite phrase m’accuse d’avoir été un complice indirect de meurtres, d’avoir provoqué ces morts. Cette petite phrase m’accuse moi, mes camarades et les nombreuses personnes qui se reconnaissent comme antisionistes. Car oui, je suis antisioniste. Et je suis fier de l’être. Non seulement mon antisionisme n’a rien à voir avec un quelconque antisémitisme, mais je suis profondément convaincu de la nécessité de l’antisionisme aujourd’hui, en France et ailleurs. Pour répondre à M. Mergui, je voudrais donc parler de l’antisionisme non pas en tant que mouvance menaçante rôdant sur internet, mais en tant que mouvement politique, mouvement politique dont je fais partie. Je voudrais lui expliquer pourquoi je suis antisioniste concrètement, pourquoi l’antisionisme est une lutte politique et pas une haine aveugle. M. Mergui, je suis antisioniste, et voilà pourquoi.
    Je suis antisioniste parce qu’on peut parler de conflit israélo-palestinien, de colonies et de murs, mais qu’on oublie souvent de dire que l’agression quotidienne vécu par les palestinien-ne-s ne date pas des années 80, ni de l’occupation israélienne en 1967, ni même de la création de l’état d’Israël en 1948. Le peuple palestinien est attaqué depuis plus d’un siècle. Il est attaqué au nom d’un projet clair, précis et explicite, qui est resté pratiquement le même de la fin du XIXème siècle à nos jours : le projet sioniste. En Palestine, il n’y a pas deux peuples qui se sont retrouvés là par hasard, mais le résultat d’un processus volontaire qui a pour objectif de remplacer un groupe humain, les palestinien-ne-s, par un autre, les juif-e-s d’Europe. Pas de « paix » possible en Palestine sans mettre un nom sur cette réalité.
    Je suis antisioniste parce que le sionisme est un projet colonial, avec tout ce que ça suppose de violence sociale et politique. Ce projet a toujours eu pour but le contrôle d’un maximum du territoire de la Palestine. Avant même la création de l’état d’Israël, le mouvement sioniste s’est approprié des terres, a expulsé violemment des populations, a réprime toute expression collective palestinienne, a privé de droits sociaux et politiques tout un peuple. L’état israélien actuel est fondé sur cette violence. La politique israélienne actuelle n’est que la continuation de cette logique. Dès le début du XXème siècle, les futurs dirigeant-e-s d’Israël parlent ouvertement de séparation raciale entre les populations « juives » et « arabes » et de la nécessité de garder sous contrôle « l’expansion démographique arabe ». Depuis plus d’un siècle, le slogan sioniste est « une terre sans peuple pour un peuple sans terre »: dans cette vision, les palestinien-ne-s n’existent pas. Le projet sioniste, c’est la destruction de la Palestine et des palestinien-ne-s en tant que communauté cohérente et autonome. Accepter le sionisme, c’est accepter la destruction sociale, culturelle, politique et bien souvent physique d’un peuple, le peuple palestinien.
    Je suis antisioniste parce que le projet colonial que je viens de décrire est un projet spécifiquement européen. Au niveau des idées comme des méthodes, le sionisme n’a rien inventé. A l’époque où le projet sioniste se constitue, l’Europe est sincèrement convaincue de son droit absolu à gouverner l’intégralité du monde et est prête à imposer ce droit par la conquête militaire, la manipulation économique et le massacre de populations entières si nécessaire. Le sionisme n’est qu’une application particulière de cette logique générale qui amène différents groupes européens à envahir l’Afrique, l’Asie, le Moyen-Orient, … A chaque fois, la justification est la même : la croyance en « notre » supériorité. A chaque fois les méthodes sont identiques : massacres, déplacements de population, constructions de murs, de camps et de barbelés, prise de contrôle de l’Etat qui est ensuite dirigé contre les populations locales, création de divisions « ethniques », … Ces méthodes et cette justification, on les retrouve en Palestine encore maintenant : la « seule démocratie du Moyen-Orient » a besoin d’un arsenal mortel pour sa « sécurité » face à des populations locales « incontrôlables » et « dangereuses ».
    Je suis antisioniste parce que je vis en Europe et que l’Europe n’a pas seulement « laissé faire » ; elle a été une complice active à tous les stades du processus de colonisation de la Palestine. Directement et indirectement, elle a fourni les idées, les armes, le financement, le soutien géopolitique, l’appui militaire, les techniques répressives. Sans cette participation des gouvernements européens, il aurait été impossible de museler les palestinien-ne-s et les pays solidaires avec eux, il aurait été impossible d’imposer sur le terrain l’apartheid israélien. L’Europe faible, pleine de bonnes intentions mais manipulée par l’état israélien est un mythe. La réalité, c’est qu’à chaque étape, les sionistes ont pu compter sur un soutien total de la part de nos gouvernements. Israël a été construit avec les armes françaises, l’appui britannique et la protection américaine. La réalité, c’est qu’Israël défend les intérêts occidentaux au Moyen-Orient. Israël se salit les mains en interdisant à tout autre État de la région de devenir suffisamment solide pour être réellement indépendant et en maintenant un état de guerre perpétuel. L’important pour l’Europe, c’est de pouvoir continuer à acheter son pétrole avec l’argent obtenu en vendant ses armes de guerre à tous les États de la région. Bien sûr, tout ça implique parfois qu’on rappelle à l’ordre notre exécutant quand il va un peu trop loin, quand il ne respecte pas les convenances, quand son travail devient trop voyant.
    Je suis antisioniste parce que le projet sioniste est non seulement un projet européen, mais il est aussi une réponse à un problème spécifiquement européen. On oublie facilement de nos jours que c’est notre Europe « civilisée » qui a connu une vague d’antisémitisme si dévastatrice qu’une grande partie des juif-e-s d’Europe vont devoir faire le choix de fuir leurs pays, les pays où ils habitaient depuis des siècles, pour échapper à une mort presque certaine. Le projet sioniste naît pour tenter de sauver les juif-e-s d’Europe. Le fait qu’il soit fondamentalement colonial et qu’il ai prétendu sauver un peuple en en détruisant un autre ne change rien à la nécessité réelle à laquelle il répond. Beaucoup de juif-e-s européen-ne-s ont refusé le projet sioniste, et la plupart d’entre eux sont morts dans les camps d’Hitler. Soutenir Israël, c’est aussi pour l’Europe une manière de se débarrasser de sa culpabilité, de sa responsabilité, de faire comme si tout ça n’était pas notre problème, n’était plus notre problème. Le résultat, c’est que de nos jours, l’antisémitisme, ce sont les (éternels) « autres », les arabes ou les noir-e-s. Le résultat, c’est qu’un parti fondé par des négationnistes et des antisémites notoires arrive en tête des élections européennes en France, mais que ce sont les banlieues françaises qu’on cible pour leur antisémitisme supposé.
    Je suis antisioniste parce qu’à bien des égards, Israël n’est qu’un miroir grossissant de l’Europe. L’Europe qui ne sait plus parler que de « sécurité » et « d’identité ». L’Europe qui devient de plus en plus inégalitaire, injuste et féroce. L’Europe qui s’inquiète de sa soi-disant « invasion » par les « Rroms », les « musulmans », les « Africains » comme Israël s’inquiète de « l’équilibre démographique entre juifs et Arabes ». L’Europe qui, comme Israël, se voit maintenant comme une forteresse assiégée, comme un phare de « démocratie » au milieu d’une mer déchaînée, chaotique et menaçante. L’Europe où le langage dominant est devenu celui de la peur, et qui se sent tout de même légitime pour aller mettre son nez un peu partout dans le monde, à coup de bons conseils, d’accords commerciaux, de dettes destructrices et d’interventions militaires s’il le faut. L’Europe qui peut regarder tout un pays censé être « à l’origine de notre civilisation » être méthodiquement démantelé au nom de la « crise » sans se sentir particulièrement solidaire. L’Europe riche comme jamais qui ne « peut pas accueillir toute la misère du monde ». Et qui condamne à mort des milliers de migrant-e-s plutôt que d’avoir à les accueillir. Tant de points communs entre ici et là-bas. A bien des égards, pour l’Europe, regarder Israël, c’est se regarder dans un miroir.
    Je suis antisioniste parce que les personnes qui voudraient faire oublier la question palestinienne sont les mêmes personnes qui voudraient faire oublier les autres sujets qui fâchent. Ce sont les mêmes personnes qui voudraient éviter que l’Europe se regarde en face, qu’elle réfléchisse sur ses responsabilités dans l’état actuel du monde, qu’elle s’interroge sur les privilèges dont elle dispose. Ce sont les mêmes personnes qui parlent d’accepter l’austérité et les sacrifices, qui répètent que chacun-e doit se serrer la ceinture ; sauf les riches, sauf leurs ami-e-s, sauf leurs complices.
    Pour finir, je suis antisioniste parce que les palestinien-ne-s sont en première ligne de toutes les batailles depuis plus d’un siècle. Qu’ils me montrent ce que sont le courage, la ténacité et la résistance. Qu’ils m’apprennent tous les jours ce que la justice, la dignité et la liberté peuvent bien être. Que face à tout ce qu’ils m’ont donné et tout ce qu’ils m’ont appris, c’est le moins que je puisse faire. Je suis antisioniste parce que, sans justice en Palestine, il n’y aura pas de justice ici.
    [mise à jour (18/07/2014)] Ce texte a été repris collectivement par les camarades de Génération Palestine.

  • [Ce communiqué a été publié récemment par Camarades du Caire. J’ai traduit un de leurs précédents communiqués]
    Le droit de manifester de tou-te-s
    A celles et ceux qui luttent à nos côtés,
    Nous vous écrivons de nouveau à l’aube sanglante d’une nouvelle présidence, la quatrième en quatre ans. Le général Abdel Fattah al-Sisi, qui a organisé le renversement brutal de Mohammed Morsi et des Frères Musumans, siège maintenant sur le Trône de Fer de l’Égypte. L’État policier renaissant est plus féroce que jamais. Les médias, contrôlés par un poignée de millionnaires, incitent par la terreur la population à abandonner ses droits les plus élémentaires pour satisfaire les déesses Sécurité et Stabilité.  Les jeunes révolutionnaires qui ont osé remettre en cause le statu quo et qui ont aperçu, durant un bref moment de 2011, la possibilité d’un changement sont maintenant pourchassé-e-s et emprisonné-e-s un-e par un-e.
    Après avoir manipulé les manifestations populaires du 30 juin 2013 contre les Frères Musulmans pour revenir au pouvoir, l’élite militaire utilise maintenant l’ensemble des moyens à sa disposition pour mater toute forme de protestation et pulvériser les espaces politiques chèrement acquis ces trois dernières années. La violence et l’intimidation ont toujours été les outils principaux des forces de police, mais l’Égypte de Sisi a donné aux juges un rôle nouveau et central dans l’abolition des libertés. Leur outil est la Loi sur les Manifestations qui, en sept mois d’existence, a été utilisée pour arrêter, emprisonner et condamner des milliers de participant-e-s à des manifestations pacifiques, mais aussi pour cibler des militant-e-s connu-e-s et influent-e-s.
    L’exemple le plus connu à l’heure actuelle est celui d’Alaa Abd al-Fattah. Le 26 novembre 2013, 2000 manifestant-e-s rassemblé-e-s devant la Chambre Haute du Parlement ont été attaqué-e-s par la police avec des canons à eau, des matraques, des brutes en civil et du gaz lacrymogène. Cinquante personnes ont été arrête-e-s; une fois libéré-e-s les femmes, les journalistes et les avocat-e-s (après que tou-te-s aient été tabassé-e-s), vingt-quatre hommes ont été laissés en prison. La nuit suivant, la police a brutalement arrêté Alaa chez lui. Aujourd’hui, Alaa et les vingt-quatre autres détenus ont été condamnés à quinze ans de prison. A Alexandrie, Mahienour al-Massri, un des défenseurs des droits humains le plus déterminé de la cité côtière, est en prison pour avoir manifesté devant le tribunal où les deux policiers qui ont assassiné Khaled Said [martyr de la révolution égyptienne] passaient en procès. A nouveau au Caire, les fondateurs du Mouvement du 6 Avril, un des groupes politiques de jeunesse les plus organisés du pays, purgent une peine de trois ans dans une prison de haute sécurité. Beaucoup d’autres sont dans la même situation. Depuis le 3 juillet 2013, plus de 36 000 personnes ont été arrêté-e-s pour des activités politiques. Plus de 80 de ces personnes sont mortes en prison.
    Maintenant, nous faisons donc face aux balles de la police, aux procureurs corrompus et aux cages des tribunaux. Il faut malgré tout continuer à avancer. Nous ne capitulerons pas devant un dictateur et son Etat sécuritaire. Nous ne laisserons pas nos camarades perdre leur jeunesse dans les cellules de Moubarak. On ne nous fera pas taire.
    C’est pourquoi nous allons marcher sur le palais présidentiel samedi [21 juin]. Ailleurs dans le monde, nos ami-e-s et  camarades manifesteront leur solidarité. Des manifestations ont été annoncé-e-s à Athènes, Berlin, Derry, Londres, Paris, New York et Stockholm, et dans bien d’autres endroits encore. Même si nous savons bien qu’il faudra longtemps avant que nous retrouvions notre force étourdissante de 2011, les moments de lutte et d’unité internationale sont plus importants que jamais. Le droit de manifester n’est pas seulement attaqué en Égypte, il est aussi réprimé et criminalisé partout dans le monde: du parc Gezi à Nabi Saleh et des universités américaines à Marikana [ville minière d’Afrique du Sud ayant connu un fort mouvement de grève en 2012], les peuples se battent pour le défendre.
    On ne peut pas se battre sur tous les fronts et contre toutes les injustices au même moment. Les tragédies sont souvent nécessaires pour attirer l’attention. L’Égypte vit un moment crucial. La Loi sur les Manifestations doit tomber. Les prisonnier-e-s doivent être libéré-e-s. Le gouvernement doit savoir qu’il ne peut pas agir en toute impunité. Multiplier les actions modestes les amplifie. Quand le monde entier s’est mis à regarder en direction de la place Tahrir en février 2011, la pression est monté sur Moubarak. Quand la révolution s’est opposé au gouvernement des forces armées fin 2011, la perte de légitimité des Généraux a été accélérée par la méfiance internationale envers eux. Les effets de la solidarité sont toujours difficiles à évaluer, mais nous savons que renoncer au droit de manifester, c’est renoncer au droit de contrôler sa destinée.
    Site sur la mobilisation [en anglais]: http://egyptprotests2014.tumblr.com
    Contact: comradesfromcairo@gmail.com